Les accords du GATT : structurer le commerce de l’art

En 1947, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qui avait bouleversé le monde, et à la veille de l’instauration d’un nouvel impérialisme américain, les accords du GATT mettaient en place la structure d’un nouvel ordre de commerce, le libre marché. Ces accords internationaux signés par 23 pays entrèrent en vigueur en 1948, revisitant la politique jusqu’alors mise en place au niveau des tarifs douaniers qui régissaient le commerce international. Le libre échange se mettait ainsi en place, grâce à la poussée des Etats Unis tout puissants au sortir de la guerre.

Ces Etats Unis tout puissants l’étaient alors en partie grâce au consensus international qui les considéraient comme vecteur indéniable de la victoire de Alliés face à l’Axe. Cependant, on constatait déjà une capacité d’influence au niveau mondial des Etats Unis, qui avaient déjà compris que leur puissance s’ancrerait dans la constante diffusion du rêve américain.

Ainsi, la suprématie des Etats Unis à cette époque ou le reste du monde tentait de renaître de ses cendres, était fondamentalement commerciale. La mise en place du plan Marshall tentait d’étouffer une autre idéologie naissante, le communisme véhiculé par l’URSS, auquel s’opposaient les Etats Unis, libéraux par essence, et ayant le principe de propriété comme un de leur fondement principaux. Comment combattre une idéologie ? La meilleure manière est sans doute la diffusion la plus efficace possible d’objets de consommation, qui influencent les populations.

Hollywood véhiculait dès lors le fameux rêve américain, tout comme Coca Cola ou General Motors. C’est là que l’on comprend que l’art devient objet de consommation parce que objet de diffusion idéologique. La France prend alors peur, et, consciente de la valeur de son propre héritage culturel, refuse de le laisser s’effacer face aux nouvelles et plus séduisantes formes de cultures américanisées. Ainsi, cette réticence française, sans doute liée à l’orgueil naturel d’un pays pour son patrimoine culturel, amène Charles de Gaulle, « personnage quelque peu fabuleux » lui-même convaincu de l’importance de la conservation de cette culture française, à tracer les limites pour éviter que la culture Européenne se noie dans la culture Américaine.

Ainsi pour pallier à cette marée américaine, certaines dispositions furent prises pour l’endiguer et soutenir les artistes nationaux, véhicules et porte paroles de leur culture. « L’exception culturelle » vit le jour, désignant toutes ces dispositions visant à limiter le libre échange de la culture sur le marché. En France cette exception culturelle se matérialise par la mise en place de quotas de productions et de diffusions. Les chaînes de télévisions doivent donc consacrer une partie de leur chiffre d’affaires à la production de films français ou européens, et diffuser 60% de films européens dont 40% de films d’expression originale française.

L’exception culturelle au niveau du marché international se développe donc initialement contre une culture américanisée et pour préserver un patrimoine culturel national révélateur de l’importance accordée à la conservation d’une identité nationale.

 


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