La valeur de L’art

klein_On part du principe d’une des premières théories de Marx, qui dit que le fonctionnement du marché économique influence les structures sociales et culturelles. Aujourd’hui, en 2013, nous vivons dans un monde où l’économie est gérée par des flux virtuels ; et on remarque que nos sociétés et cultures sont également très influencés par le virtuel. Liées au virtuel par des gestes du quotidien, qui déplacent une société jusqu’alors très matérielle : je peux discuter pendant des heures avec une personne se trouvant à l’autre bout du monde, par le biais de Skype, chose qui était impensable il a à peine une quinzaine d’années. Nous verrons ensuite le parallèle entre marché de l’art et marché boursier par Raymonde Moulin, dans son livre L’artiste, l’institution, le marché, publié en 1992. Il faut tout d’abord différencier deux types de marché de l’art : le marché de l’art classé, et le marché de l’art contemporain. Ces deux marchés sont définis par différentes particularités. Le marché de l’art classé est le marché des artistes mort, dont l’oeuvre est complet : ce corpus est souvent rassemblé dans un catalogue raisonné, qui contient en théorie toutes les oeuvres produites par l’artistes, avec la date de production, les critères d’authentification etc… Ces catalogues raisonnés sont destinés au marché, pour d’une certaine manière évaluer la valeur marchande de l’oeuvre d’un artiste vis à vis d’une autre oeuvre du même artiste. Cela permet également de donner plus de valeur marchande à une oeuvre que l’on découvrirait, par sa rareté. Le marché de l’art contemporain, quant à lui, comprend les artistes vivants (éventuellement morts) à partir des années 60. Le corpus est donc ouvert car les artistes sont vivants. C’est le premier critère d’instabilité de ce marché. Le second critère d’instabilité vient d’une nouvelle définition de l’art à partir du moment ou l’art prend une nouvelle tournure, au début du XXème siècle notamment avec Marcel Duchamp. Qu’est ce qui détermine alors la valeur d’une oeuvre d’art dans un marché ou la définition de l’oeuvre en elle même est extrêmement large?

Cela va jusqu’à des déclarations comme celle de Beuys, qui déclare que « Tout homme est un artiste ». Cette déclaration accompagnée d’une nouvelle définition de l’art, amène le problème du jugement, et donc de l’évaluation de la valeur marchande. Il faut également noter que entre le marché de l’art classé et le marché de l’art contemporain, on parle de marché de l’art moderne. Raymonde Moulin, en 1992, écrit que le marché de l’art contemporain et le marché boursier ne sont pas comparables car le marché boursier est plus stable, car un produit vaut sa propre valeur, autrement dit les produits à valeur égale sont substituables. A l’inverse, le marché de l’art est caractérisé par l’unicité des produits proposés. On ne peut pas déclarer qu’un dessin de Jean Michel Basquiat équivaut à un autre de ses dessins, même à dimensions égales. Il y a également des valeurs ajoutées

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de propriétaire : par exemple, lorsque Jeff Koons produit plusieurs poodles exactement identiques mis à part la couleur, si la personne qui achète le poodle rose est connue, une

valeur va s’ajouter via la notoriété du propriétaire. L’utilisation de matériaux chers ne fait pas forcément la valeur de l’oeuvre.

 

On utilise alors l’exemple de Damien Hirst avec ses vanités en platine et diamants : la valeur de l’oeuvre ne peut descendre en dessous de la valeur des matériaux utilisés, mais

damien-hirst-for-the-love-of-god-with-diamond-dust-prints-and-multiples-serigraph-screenprintà l’inverse, lorsque Thomas Hirschorn effectue « Thank You » avec du ruban adhésif bleu et une écharpe de vichy rose, il vend son oeuvre à 2125,00 €.Damien Hirst, For the Love of God Celui qui pose le plus clairement cette question, même sans la conscience du questionnement politique et économique qu’il engendre avec cet acte, est Yves Kiein, lorsqu’il vend des zones de sensibilités immatérielles, soit du vide, du symbole. L’acheteur doit le payer en feuilles d’or et Yves Klein les jètent à la Seine. « 20 grammes d’or en feuilles contre une zone de sensibilité immatérielle ». 1962. Ici, la construction de la valeur marchande d’une oeuvre est purement symbolique.

L’art est-il une affaire d’Etat ? Mécénat et financement culturel en France

La notion de mécénat nous vient tout droit de la Rome antique d’un certain Caius celnius Maecenas qui s’érigeait en tant que protecteur des arts et des lettres en y consacrant sa fortune et son influence.Il a donné son nom au système de mécénat qui a connu son âge d’or avec la Renaissance, toujours au travers de personnalités influentes qui prenaient sous leurs ailes artistes et projets culturels. La position des mécènes étaient alors en quelque sorte une position d’ « amateur éclairé ».

Cependant les institutions d’Etat et les entreprises ont vite remplacé ces personnalités pour financer et encourager la culture. L’Etat français et les entreprises n’ont cependant pas la même vision du mécénat : l’Etat aujourd’hui encourage au travers du mécénat plus les « initiatives de la société civile » que la « vie culturelle » en soi, déclarait Frédéric Mitterand en 2010. La place des entreprises dans le mécénat a été elle-même encouragé par l’Etat au travers des déductions fiscales à hauteur de 60% de déduction sur les dons effectués pour le mécénat d’entreprises ­– voir de 90% si ce don est destiné à l’aide à l’achat d’un « trésor national ».

Ainsi, en France, l’Etat pousse les entreprises à s’investir dans la vie culturelle du pays, même si ce système de mécénat est moins développé dans notre pays qu’aux Etats Unis, qui se sont emparés de l’idée pour en faire un véritable outil de création. En effet, la société française tend à penser que la culture est une affaire d’Etat, sans cependant y investir forcément les fonds nécessités par la vie culturelle. Ainsi en 1994, le budget du ministère de la culture français ne représentait qu’1% du budget d’Etat, soit 13,5 milliards de francs alors que les fonds apportés par le mécénat d’entreprise représentaient  800 millions de francs. Cependant, avec la crise économique que le monde traverse depuis 2008, le mécénat d’entreprise a tendance à s’orienter vers des projets humanitaires ou de solidarité et à se détourner de la survie de la culture. Il faut également souligner que le mécénat d’entreprise se tournait déjà depuis la fin du XXème siècle vers d’autres secteurs que l’art, tels que l’environnement et la recherche.

Les accords du GATT : structurer le commerce de l’art

En 1947, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qui avait bouleversé le monde, et à la veille de l’instauration d’un nouvel impérialisme américain, les accords du GATT mettaient en place la structure d’un nouvel ordre de commerce, le libre marché. Ces accords internationaux signés par 23 pays entrèrent en vigueur en 1948, revisitant la politique jusqu’alors mise en place au niveau des tarifs douaniers qui régissaient le commerce international. Le libre échange se mettait ainsi en place, grâce à la poussée des Etats Unis tout puissants au sortir de la guerre.

Ces Etats Unis tout puissants l’étaient alors en partie grâce au consensus international qui les considéraient comme vecteur indéniable de la victoire de Alliés face à l’Axe. Cependant, on constatait déjà une capacité d’influence au niveau mondial des Etats Unis, qui avaient déjà compris que leur puissance s’ancrerait dans la constante diffusion du rêve américain.

Ainsi, la suprématie des Etats Unis à cette époque ou le reste du monde tentait de renaître de ses cendres, était fondamentalement commerciale. La mise en place du plan Marshall tentait d’étouffer une autre idéologie naissante, le communisme véhiculé par l’URSS, auquel s’opposaient les Etats Unis, libéraux par essence, et ayant le principe de propriété comme un de leur fondement principaux. Comment combattre une idéologie ? La meilleure manière est sans doute la diffusion la plus efficace possible d’objets de consommation, qui influencent les populations.

Hollywood véhiculait dès lors le fameux rêve américain, tout comme Coca Cola ou General Motors. C’est là que l’on comprend que l’art devient objet de consommation parce que objet de diffusion idéologique. La France prend alors peur, et, consciente de la valeur de son propre héritage culturel, refuse de le laisser s’effacer face aux nouvelles et plus séduisantes formes de cultures américanisées. Ainsi, cette réticence française, sans doute liée à l’orgueil naturel d’un pays pour son patrimoine culturel, amène Charles de Gaulle, « personnage quelque peu fabuleux » lui-même convaincu de l’importance de la conservation de cette culture française, à tracer les limites pour éviter que la culture Européenne se noie dans la culture Américaine.

Ainsi pour pallier à cette marée américaine, certaines dispositions furent prises pour l’endiguer et soutenir les artistes nationaux, véhicules et porte paroles de leur culture. « L’exception culturelle » vit le jour, désignant toutes ces dispositions visant à limiter le libre échange de la culture sur le marché. En France cette exception culturelle se matérialise par la mise en place de quotas de productions et de diffusions. Les chaînes de télévisions doivent donc consacrer une partie de leur chiffre d’affaires à la production de films français ou européens, et diffuser 60% de films européens dont 40% de films d’expression originale française.

L’exception culturelle au niveau du marché international se développe donc initialement contre une culture américanisée et pour préserver un patrimoine culturel national révélateur de l’importance accordée à la conservation d’une identité nationale.

 

Une rapide présentation…

Quelles relations entre art et commerce ? L’art peut-il se commercialiser ? Quels sont les facteurs d’évaluation de la valeur d’une oeuvre d’art ? De telles questions amènent à s’interroger, autant au niveau éthique que commercial… Le commerce peut-il s’emparer de l’oeuvre d’art comme d’un produit de consommation ? 

Ce blog vise ainsi à s’interroger et à tenter de répondre à ces interrogations, en mêlant études commerciales et présentations d’artistes.

ART et BUSINESS, quelles interrelations ?